- Vous êtes sûre ?
- Oui, et puis je n'ai pas passé beaucoup de temps avec elle depuis que j'ai repris le travail alors ça me fait une occasion et tu pourras souffler deux minutes.
Exactement, c'est le mot : souffler. Elle glisse Sandra donc son berceau et sort de la maison. Enfin seule. Je suis enfin seule. Tranquille, au calme. Alors que je m'apprêtes à m'effondrer sur le canapé Madame Halbig entre dans le salon et cours aux quatre coins de la pièce à la recherche de quelque chose apparemment.
- J'ai oublié le carnet de santé.
Ah oui, le carnet de santé : bien sur ! Je fais un premier tour sur moi même, le temps de me remémorer ou je l'avais posé et pour m'offrir une vue complète de la pièce.
- Le voilà, il était sur la table du salon.
- Ah merci !
Elle m'offre un sourire crispé mais sincère puis sort à nouveau de la maison. Je me laisse tomber sur le canapé et ne bouge plus pendant quelques minutes. Fabian est parti au lycée, Johannes est avec certainement avec sa copine ou avec Maximilian et je n'ai pas à me préoccuper de Sandra pour une fois. Ce silence fait un bien fou ! Je ne me serais jamais imaginée qu'en venant vivre en Allemagne, dans un si petit village, pour améliorer mon Allemand ma vie serait si... différente et si mouvementée. Il faut bien dire que je n'avais pas prévu que Sandra ait deux frères. Ce qui a considérablement faussé l'idée que je m'était faite de mon travail de jeune fille au pair. Je ferme les yeux et prend une inspiration. Une soudaine envie de jouer du piano me prend et je me lève d'un bond. Je n'ai pas jouer au piano depuis des mois, depuis que j'ai quitté la France en fait. J'ai effleuré bien des fois ce pianos ces derniers mois mais pour retirer la poussière qui s'y était déposée. Une musique trotte dans ma tête depuis ce matin: Concerto pour piano n°25 de Mozart. Après quelques ratés, je commence la morceau pour ne plus m'arrêter de jouer avant sa fin. Je ferme les yeux et laisse la musique s'envoler et m'envelopper. Je suis rappelée à la réalité par Johannes, derrière moi m'applaudissant :
- Est-ce que ce sont mes performances de l'autre nuit qui te font jouer si bien ?
Je tourne la tête de nouveau vers le piano. Forcement, il fallait qu'il fasse allusion à cet incident. L'autre soir, alors que je sortait de la salle de bain, nous nous sommes croisés dans le couloir, moi habillée d'une serviette de bain et lui en boxer, nos regards se sont croisés et sans que je n'ai le temps de réagir, je ne me l'explique toujours pas d'ailleurs, nous nous sommes retrouvés sur son lit puis dans son lit. J'avais perdu la serviette au passage et lui avait eu le temps, sans que je m'en rende compte, de retirer le bout de tissu sous lequel était dissimulé son sexe. La nuit avait été agitée et au matin je m'étais éclipsée, voulant à tout pris oublier cette nuit-là.
- En général, je suis plutôt du genre à faire de la pâtisserie quand j'ai passé un merveilleux moment au lit en compagnie d'un jeune homme.
- Un gâteau à se mettre sous la dent alors ?
- Aucun non.
Il lève un sourcil, vexé mais essayant de le dissimuler au mieux.
- Et est-ce qu'il reste du soda ?
- Non.
Je joue quelques notes ,qui viennent ponctuer notre conversation, de façon désordonnés.
- Il va falloir penser à retourner faire les courses !
Le ton était sec, incisif et sonnait comme un ordre.
- Tu sais qu'il y a de l'argent dans la cuisine ? Le pot sur le placard du milieu... Après tu n'as plus qu' à bouger tes fesses jusqu'à la voiture, prendre un cadi sur le parking du supermarché et prendre ce qu'il faut pour manger !
Je me lève brusquement faisant, au passage, grincer les pieds du tabouret contre le sol et je quitte la maison. Dehors, une légère brise souffle et le soleil inonde le village. Je vais jusqu'à l'air de skatepark et m'allonge en plein soleil, sur un coin de pelouse verte qui avait survécu à la construction des rampes. Non loin de moi, j'entends soudain deux filles parler. Je reconnais très vite la voix de Linda, la petite amie de Johannes mais le seconde ne me dit rien, sûrement une amie à elle. Je souris, un coup bas se prête à la situation, il l'aura bien cherché après tout. Je me lève et m'approche d'elles.
- Et sinon, avec ton chéri alors ?
C'est parfait, je n'aurais même pas à trouver un moyen d'amener la conversation à lui... Et au moment ou je passe derrière elles :
- Il est super, très attentionné, très doux.
J'avance ma tête entre leur épaules pour ajouter :
- Et plutôt doué au lit !
Elle m'observe, outrée d'abord, puis me fusille du regard.
- Mais tu ne m'avait pas dit qu'il voulait attendre pour coucher ?
Sa gourde de copine en rajoute, c'est merveilleux. Je me redresse et part sans dire un mot de plus. Johannes va s'en prendre plein la tête par son amoureuse. Pauvre petit...
- Elly !
Je me retourne, me préparant mentalement à une pluie d'insultes.
- Tu voudrais me rendre un petit service ?
- Avec plaisir...
Dans la soirée.
Je frappe à sa porte, je suis partagée au sujet de ce que je m'apprête à faire. A la fois le dégoût mais à la fois cette envie de vengeance sur ces six mois d'enfer qu'il m'a fait endurés. J'entre après avoir entendu un vague « oui » . Je prie pour que mon charme inexistant opère et je me lance sous son regard interrogateur :
- Tu avais raison, je... c'était terriblement bon l'autre nuit.
Il sourit, fière de lui, pourquoi ai-je accepté d'aider Linda ? Maintenant il est trop tard pour reculer, je fais donc deux pas vers lui ; ce qui me suffit pour être au pied de son lit. Lui pose sa guitare par terre. Je me met à genoux sur le lit et me laisse très vite aller dans ses bras. Les caresses se suivent, nos corps se rapprochent l'un de l'autre jusqu'à ce qu'ils soient collés. Comme la fois précédente, sans que je n'ai le temps de m'en rendre compte, je suis déjà presque nue dans ses draps. Nos lèvres, se touchent, se mêlent et se séparent pour recommencer l'instant d'après. Il retire mon soutient-gorge, seul survivant jusqu'ici de la tenue qui m'habillait avant que je n'entre dans sa chambre. Il me caresse le creux des reins et remontent ses doigts doucement le long de ma colonne vertébrale, ce qui me fait frissonner. Son souffle s'accélère de façon presque imperceptible. Il me mord le lobe de l'oreille droite et me murmure quelques mots gentils, ce qui me surprend quelques peu. Mais qu'est-ce qu'elle fou Linda ? Elle devrait déjà être là ! Ah, ça y est, j'entends la porte d'entrée se refermer, c'est elle. Le vertige me prend alors que ses lèvres s'attardent dans mon cou. J'entends un léger grincement tandis que ça porte s'ouvre. Je ferme les yeux, attendant la scène prévue par Linda mais rien. Pas le moindre bruit, aucune mot. Jo tourne la tête et ne bouge plus, je me redresse à mon tour et découvre à ma plus grande surprise - mais également pour ma plus grande honte – Maximilian, plantée, les yeux presque sortis de leurs orbites. Je remets vaguement mes cheveux en place avant de lancer un « Euh... je dois y aller. » peu détendu. Je me lève puis me rend très vite compte que j'étais encore nue, évidemment. J'arrache rapidement le draps de Johannes, peu importe si lui est nu devant son pote, et je l'enroule autour de moi avant de sortir de sa chambre.